Les veilleurs
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Au premier abord, on découvre à Tanger une mythologie aux couleurs un peu surannées, mêlant héros antiques et idoles Beatnik, sorte d’écran de douce fumée qu’il faut un jour traverser, comme Alice traverse le miroir. Il m’a fallu du temps, plusieurs années, avant de vraiment photographier Tanger et de pouvoir affiner l’émotion liée à la première rencontre, immédiatement passionnelle, mais très encombrée de fantômes orientalistes.
On parle de New York comme de la ville qui ne dort jamais, peut-être pourrait-on dire de Tanger qu’elle veille toujours. Ce n’est pas cette nuit trépidante, dense, électrique, associée à la mégapole américaine, mais plutôt une vigilance furtive, une énergie à basse fréquence qui circule de lueurs en halos.
C’est dans une lumière nocturne ou à travers la brume que Tanger m’est un jour apparue nue, comme dévoilée. Peuplée d’une vie animale et végétale vibrante et dense, elle frémissait des rêves de ceux qu’elle abrite avec plus ou moins de douceur et de bienveillance : les amoureux, les insoumis, les égarés, les inquiets, les aventuriers, les solitaires… les jnoun aussi, tous veilleurs d’une manière ou d’une autre et attendant sans relâche quelque chose, quelqu’un, un salut, un destin ?